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Le souvenir de Maman — Maria Filipova - Hadji PlovdivLit

Maria Filipova - Hadji in PlovdivLit

 

Le souvenir de Maman  5.00 / 5

Quelle heure est-il maintenant ? On dirait que le jour est sur le point de se lever, alors que maman et moi, nous continuons a nous parler, toujours. Les mains de ma mere tremblent legerement ; je les fixe de mes yeux, elle saisit mon regard.

- Parle-moi, maman… De la vache, apres nous irons dormir…

Par habitude, maman tire sa jupe sous ses genoux, elle croise ses mains sur son ventre, et recommence :

- On etait en 1949. Ta grande soeur n’avait que deux ans, tu n’etais pas encore nee. Une commission allait a travers le village, de maison en maison, pour faire la liste de tout ce que chaque famille possedait. On nous avait tout pris, on n’avait plus rien – la terre, les deux boeufs, la tarare. Il ne nous restait plus que la vache – qui m’etait donnee en dot au moment de mon mariage. Elle nous procurait le lait pour nourrir ta soeur. J’avais beau leur expliquer, ils ont pris aussi la vache. Ton pere n’etait pas la ; le soir ta grande soeur s’etait accrochee a ma jupe, elle pleurait : „Je le veux, mon lait…“ J’ai eclate en sanglots… Je sechais les larmes de ta soeur, elle sechait les miennes. Ce n’etait pas comme aujourd’hui, on ne trouvait rien a acheter a l’epoque. Lorsque ton pere est rentre, il a eclate de colere. Le lendemain, il a ete chercher la vache, il l’a retrouvee et il l’a ramenee a la maison.

Plus tard il a ete condamne a travailler six mois dans la cooperative agricole, sans etre paye. Sous pretexte qu’il avait vole une vache qui appartenait deja a la cooperative.… Les annees se sont ecoulees, vous avez grandies. Je n’ai jamais dit un mot contre le parti ou le pouvoir. De temps a autre, les vieilles douleurs se reveillaient, je les etouffais en moi, afin de ne pas gener votre avenir. Vous grandissiez normalement – d’apres les regles de la societe socialiste evoluee.

…Lorsque le moment des premieres elections democratiques est arrive, ta grande soeur m’a telephone :

- „ Maman, m’avait-elle dit, tu es avec nous. Il faut voter rouge .“

Je me suis rappele sa voix d’enfant d’autrefois, quand en pleurant elle reclamait : „ Je le veux, mon lait .“ Je n’ai rien dit jusqu’a present, a personne. A cause de vous. Je faisais toujours tout pour vous. De ton pere je n’ai jamais rien cache, je lui disais toujours la verite. Je suis allee au cimetiere, toute la journee je suis restee avec lui. Je lui demandais : „ Qui a eu tort, quand ? Estce moi qui ne comprenais rien, dis ? Quand viendra la fin de nos annees difficiles ?“ Il ne m’a rien dit, il se taisait. Par habitude, de son vivant aussi il ne disait rien, comme aujourd’hui au cimetiere…

…Et vous, maintenant ? Tous les ans, a l’automne vous venez me presser pour vous rejoindre et passer l’hiver avec vous. Ne me demandez plus, je reste sur ma terre, ici, elle m’a ete rendue. Je n’ai plus votre enfance, on ne me rendra jamais votre pere… Des gouttes d’humidite couvraient les yeux desseches de ma mere, figees sur place ces gouttes n’avaient plus la force de s’ecouler. Les nuits de ma mere etaient calmes, ses journees heureuses. Comme si elle avait retrouve une partie de sa jeunesse. Elle ne pensait plus a l’avenir de sa terre, ce souci nous appartenait, a ma soeur et a moi. Le temps avait appris a ma mere d’attendre toujours quelque chose, ou quelqu’un…




Translated by Toncho Karabulkov

 

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