LA MALÉDICTION DE L’AIGLE

Translated by: Еlena Crosetto

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prairie et commence la forêt, se dressait un grand chêne puissant dont nul ne connaissait l’âge. L’arbre était si haut qu’on le voyait de loin. Avec ses immenses branches déployées, il ressemblait à un géant soutenant la voûte céleste. Ni les tempêtes, ni les vents, ni les lourdes neiges n’avaient pu l’abattre.

Au sommet du chêne, un aigle et une aigle avaient construit leur nid. Chaque printemps, ils le consolidaient avec soin et y élevaient un ou deux aiglons. Combien de générations avaient vu le jour là-haut, nul ne le savait . Près de l’arbre passait l’ancienne route romaine. Depuis des temps immémoriaux, les gens du pays y marchaient vers la ville, menant des mulets chargés. Voyageurs, bergers et chevriers, en passant près du chêne, ôtaient leur chapeau, s’inclinaient et se signaient humblement. Puis ils levaient longtemps les yeux vers l’arbre et vers le ciel au-dessus, où l’aigle et son épouse battaient librement des ailes, traçant des cercles invisibles.

À cette époque vivait au village un chevrier nommé Kara Stoïan — un homme jeune et fougueux. Il gardait les chèvres du village. Des idées insensées lui tournaient sans cesse dans la tête, car il n’était pas tout à fait sain d’esprit. C’était le début du printemps. Les sources murmuraient à nouveau, le coucou chantait, la brise soufflait vive — prés et collines reverdaient. La forêt s’emplissait de chants d’oiseaux. Un jour, le chevrier mena ses chèvres paître près du chêne séculaire. Quelque diable lui entra dans la tête et il imagina le mal qu’il pourrait faire aux aigles.

Kara Stoïan se cacha dans les buissons près du chêne et attendit. Bientôt, l’aigle s’éleva dans les hauteurs et franchit la crête de la montagne pour chercher de la nourriture. Il guetta aussi le moment où l’aigle quitta le nid, puis grimpa branche après branche jusqu’au sommet du chêne. Arrivé au nid, il prit les deux œufs fraîchement pondus et les glissa sous sa chemise. Il redescendit, rassembla du bois sec, alluma un feu et fit rôtir les œufs dans les braises. Ensuite, il scruta le ciel avec inquiétude. Ne voyant aucun aigle, il remonta dans l’arbre et remit les œufs dans le nid. L’aigle femelle revint. Elle couvrit les œufs de son corps et se mit à les couver. Elle resta longtemps sur eux. Un mois passa, puis deux, puis trois… Elle les retournait avec ses serres et les réchauffait encore, mais aucun aiglon n’éclosait. À force de veiller sur ses œufs et de souffrir de ne pas voir naître sa progéniture, elle s’affaiblit et mourut un jour dans le nid.

L’aigle poussa un cri plaintif, comme s’il pleurait sa bien-aimée. Il écarta le corps de l’aigle morte et se mit lui-même à couver les œufs. Il tint ainsi jusqu’à l’hiver, et un matin, lorsque la forêt se réveilla blanchie de neige, l’aigle mourut d’épuisement.

Un ou deux mois plus tard, Kara Stoïan dépérit. Il tomba malade d’un mal inc

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