Un jour d’été, il y a bien des années, je décidai de fuir l’air étouffant de la ville pour chercher un peu de fraîcheur dans mon village de montagne.
Vers midi, je montai jusqu’à Dobreva Tchouka. Je flânai seul dans les sombres hêtraies à la recherche de champignons, puis je pris le chemin du retour vers le village. Le sentier serpentait le long du versant sud, en pente douce, couvert de hêtres, de chênes et de charmes. Les buissons poussant près des rochers avaient commencé à jaunir. Autour d’eux flottait le parfum enivrant du thym.
C’était une chaude et silencieuse journée d’août. Je décidai de bifurquer vers le ravin d’en face pour étancher ma soif. Je quittai le sentier et marchai au hasard. Après quelques pas, une large prairie s’ouvrit devant moi. Un troupeau d’une vingtaine de brebis y paissait, mais on ne voyait ni berger ni chien. Les brebis se serraient les unes contre les autres, la tête basse, attendant que passe la torpeur estivale. J’entendis un sifflement. Je me retournai et aperçus, à l’extrémité supérieure de la prairie, un vieil homme assis à l’ombre des buissons qui me faisait signe de la main. En m’approchant, je reconnus le berger, oncle Kalin « le Forestier », qui, après sa retraite, avait acheté quelques brebis et les gardait seul.
— Bonjour Boris ! Tu es sorti prendre l’air ? Il aurait fallu venir plus tôt, avant que le soleil ne tape trop fort, dit-il.
Il se leva de toute sa robuste silhouette et me tendit la main.
— Belle rencontre, oncle Kalin ! Eh bien, tu ne vieillis donc jamais ! Répondis-je en essuyant la sueur de mon front. J’ai soif, je descends boire au ravin, s’il n’est pas à sec à cause de la sécheresse.
— Pas encore… J’y suis allé tout à l’heure remplir ma gourde. Il la sortit de dessous un buisson de genévrier, et je bus longuement.
— Assieds-toi, m’invita-t-il. Repose-toi un peu, et puis causons.
Je m’assis sur l’herbe sèche, à l’ombre des buissons de chêne, et laissai mon regard se perdre dans le ciel.
— Qu’est-ce que tu regardes là-haut ? Même les moineaux se sont cachés à cause de la chaleur… Autrefois, quels grands aigles tournaient au-dessus de la Roche Plane, murmura-t-il comme pour lui-même.
— Les aigles, maintenant, on ne les voit plus qu’au zoo, dis-je en levant les yeux vers la haute Roche Plane, qui se dressait menaçante sur le versant opposé.
— Écoute donc l’histoire que je vais te raconter. Peut-être la connais-tu, peut-être pas.
Oncle Kalin fronça ses épais sourcils, retira sa casquette de sa tête blanchie et commença lentement :
« Autrefois, racontaient les anciens, au-dessus de la Roche Plane, là où finit la
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